Lettre à mon père (16) – Roland Bideau

Lettre à mon père (16)

Un jour, tu m’as pris à témoin – UN jour ?! Tu m’appelles : « Viens, je vais te montrer ma nouvelle voiture ! » – C’est une Peugeot 404, de couleur bordeaux, rutilante – une belle voiture, intérieur confortable. « Ta mère n’a pas souhaité la voir ».

Chose étrange, Cher Lecteur, quand a-t-il été question de cette nouvelle voiture, auparavant ? – Ma surprise est totale, mais reste informulée. C’est le regret formulé par mon père, que je retiens, sa solitude générée par le silence de ma mère. Cette mère à l’esprit et au parler brillants, cette femme à l’ouverture sur le monde d’une qualité rare – cette femme à qui tu commençais tes lettres par ‘Mon Amour chéri’ , regrettant l’accident, avant la naissance de l’aîné, qui lui avait fait perdre une future naissance. – Tu comprends que je cherche ce qui m’a conduit si loin de toi – mais tu avais mes frères, sans doute.

Pourquoi donc mon esprit s’arrête-t-il à l’instant sur cette somme impressionnante de travail que tu as accompli, au long de ta vie – ta vie qui s’est arrêtée un jour de juin 1983, sans souffrance, sans doute sans que tu le saches. En fait, je n’étais pas avec vous, pas avec toi : ai-je, une seule fois, proposé de travailler avec toi au jardin – si ce n’est en dégustant les fruits nombreux et variés qu’il offrait aux regards. Ah si : j’avais la charge d’entretenir la pelouse devant notre belle maison – tâche mineure, s’il en est ! Peut-on ressentir une admiration ‘ post mortem’ pour un de ses parents ?

2 thoughts on “Lettre à mon père (16) – Roland Bideau

  1. Oui! C’était bien CE modèle-là! Merci, Hélène – Tous mes Meilleurs Voeux pour de belles fêtes de Noël à ma chère modératrice, à mes lecteurs présents, passés, futurs, discrets ou bavards – Je reviens bientôt – Amitiés – Roland

  2. Une Peugeot 404, rien que cette appellation marque une époque, et les souvenirs remontent à la surface pour la qualifier d’heureuse. Je me trompe peut-être mais cela évoque notre jeunesse alors par définition la jeunesse est souvent « heureuse »,selon le vieil adage: Ah! de mon temps …mais vivons aujourd’hui, je vous jure que ce n’est pas mal non plus.
    Merci cher auteur pour tout ce que vous évoquez qui nous va droit au coeur et parle à nos souvenirs.

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