Comme quand on était p’tits… à Vérizieu

Empêché par la maladie de travailler encore la terre, mon arrière grand-père maternel ramassait la cendre des cheminées et du four banal, la chargeait dans sa charrette à boeuf qu’il menait Lyon où il vendait sa récolte puis rentrait à la maison avec un complément fort attendu.

Pendant ce temps, la grand-mémée faisait tourner le café-restaurant au coeur du village, juste en face de la fontaine du bas. Dans une pièce attenante, Gilbert, un des fils (oncle de ma mère et parrain de la fargussienne, belle différence d’âge…), tenait officine de cultivateur coiffeur et maniait, dit-on, la tondeuse comme la charrue, avec des résultats efficaces. Il reprit plus tard l’activité café-restaurant et nous y passions des moments très forts.

Tonton Léon, le fils aîné, bien que responsable de la ferme, de ses parents et de 5 frères et soeurs, fit 9 ans de service militaire et de guerre 14-18. Il en sortit vivant et alcoolique. Etonnant, non ? comme aurait dit Desproges. Quand nous allions en vacances chez eux, c’était épatant. Sur la photo ci-dessous, la Juva4 de mes parents. Le repas était servi par tatan Madeleine sur une immense table qui s’ouvrait… pétrin table profond et vaguement mystérieux. Nous jouions sans fin avec les cousins dans la grange de la ruelle au-dessus ; mon idole Daniel n’avait de cesse de nous faire trouver et ramasser les oeufs niâ abandonnés ça et là par les poules sans mémoire. Oeuf niâ ? Oeuf pourri.

Gamine seule fille du lot, tu trouves un oeuf. Le cousin adoré te flatte, te hausse vers lui, t’ouvre en gros les portes du paradis, favorite enfin désignée, et dit « bravo, t’es la meilleure, t’as trouvé, vas-y ouvre-le et gobe-le ! » Alors ça non, gober, peux pas. Mais casser la coquille oui, je peux.

Et c’est là que tout le monde se sauve, chassé par la puanteur et que toi, mouflette béate d’admiration devant le grand con de cousin, tu te rends compte en tentant d’essuyer tes mains souillées sur la paille, que tu ne pourras plus jamais faire confiance.

3 thoughts on “Comme quand on était p’tits… à Vérizieu

  1. AHHHHHHHHHHH 1000 mercis pour cette jolie reprise. C’est, tu le sais, une de mes rubriques préférées….

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.