Comme quand on était p’tits… vrac de souvenirs

Pour François G.

… Chaque année voyait les conscrits parcourir les rues de mon bourg de montagne. Quand elle était seule avec nous à la maison, notre mère fermait les volets dès qu’elle entendait la fanfare, croyant échapper ainsi à leur coup de sonnette. Ils sonnaient, sonnaient. Nous restions immobiles et parfaitement silencieux derrière la porte jusqu’à ce qu’ils partent sonner plus loin. Une délicieuse peur me faisait frissonner et parfois je jetais un coup d’oeil par le vasistas du haut ;  toujours déçue car je voyais des gamins à peine plus vieux que frère aîné et tous plus ou moins imbibés. [NDLF : la photo ci-contre est de famille mais un brin plus ancienne…]

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… Parmi les expériences en salle de TP de sciences nat, le maître mettait le feu à diverses choses que nous avions apportées afin d’en étudier la combustion : brins de laine, poils de chat, cheveux, plumes… J’aimais ces odeurs. Mais une année, le magasin de tissus qui ne voyait notre mère qu’au moment des soldes brûla. Comme d’autres mères moyennement argentées, la nôtre fit le plein de tissus bradés et nous eûmes longtemps à la maison l’odeur irritante de la laine brûlée. Le costume qu’elle cousit à papa prit l’air au jardin pendant des semaines avant qu’il ne le porte sans laisser d’effluves dans son sillage.

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… Quant arrivait le Père Cent à l’école nationale où notre père enseignait, il y avait des défilés à travers toute la commune, et avant que le Père Cent ne passe l’arme à gauche, le major de promo, aidé de ses « esclaves » portait la quille en grande pompe. Et nous, les minots, étions heureux comme des princes de recevoir une mini-quille (le laiton était le mieux !) que nous épinglions illico à notre col avant de nous joindre discrètement à la longue queue qui zigzaguait en hurlant : »j’ai, j’ai, j’ai quelque chose dans le cul qui m’empêche de marcher, j’ai, j’ai, j’ai quelque chose dans le…. », refrain incantatoire que nous scandions en marchant au pas jusqu’à la maison, jusque dans la cuisine avant de buter, instantanément dégrisés, sur le silence réprobateur et le regard sévère de notre mère. Pas moyen de rigoler.

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Longtemps seuls dans le coin éloigné du bourg où les parents avaient fait construire la maison, nous eûmes un jour des voisins à gauche. Le papa de gauche était ouvrier. Il installa bientôt comme tant d’autres un petit atelier de décolletage dans son sous-sol semi-enterré et nous eûmes désormais des soirées et des fins de semaine agrémentées de bruits de machine, clac la presse à découper, clac l’emboutisseuse, zzzz la fraiseuse… La maman de gauche, les enfants à l’école, travaillait à l’atelier et se donnait du coeur au ventre en chantant à tue-tête : « Un inconnu et sa guitare – Dans une rue pleine de brouillard – Chantait, chantait une chanson – Que répétaient deux autres compagnons.  Marjolaine, toi si jolie – Marjolaine, le printemps fleurit – Marjolaine, j’étais soldat – Mais aujourd’hui – Je reviens près de toi… » Et quand elle avait terminé, elle recommençait. En été elle ouvrait en grand la petite fenêtre. Vous, je ne sais pas, mais moi, Francis Lemarque….

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